lundi 25 mai 2009

[Fiche] La Horde du Contrevent - Alain Damasio

Rarement bouquin de littérature de l’imaginaire n’aura autant fait parler de lui dans le fandom francophone que celui-ci, et à raison, car nous nous trouvons là face à un projet assez unique. Il y a les pros Damasio ne jurant plus que par cet ouvrage, et ceux qui ne voient là que masturbation intellectuelle, snobisme et au final bouquin embrouillé et vain. Alors tentons d’y voir un peu plus clair en commençant par le début.


L’histoire : 

Une planète balayée par un vent sans fin. Le vent, sans doute le personnage principal de cet ouvrage. Il y est oppressant, omnipotent, destructeur et mystérieux. C'est la recherche de son origine, que les habitants nomment extrême amont qui nous est contée ici.
La horde du contrevent, un groupe de 23 personnes ultra spécialisées, les meilleurs dans leur domaine, partant de l’extrémité sud du monde à pied pour remonter le vent, contrer comme ils l’appellent, chaque jour, chaque instant lutter contre le vent, pour apprendre, apprendre sans cesse à lui résister. Se forger aussi, ne devenir qu’un, un bloc, réagissant d’instinct aux différentes formes du vent. Endurant les maintes blessures, morsures, désillusions pour se renforcer, dans le but de découvrir l’extrême amont. 
La 34 eme horde.
Toutes les expéditions précédentes ont échoué, chacune récoltant une somme d’informations importante, qui rend les expéditions suivantes plus fortes. Remonter à contrevent sans cesse, avec un espoir de survie des plus minces, pour quoi ? Chacun projette dans l’extrême amont ses propres rêves et fantasme, certain espérant le paradis, d’autre la source du vent qu’ils pourraient boucher comme l’on bouche une bouteille, d’autres la découverte d’une nouvelle forme de ce vent jamais découverte à ce jour. Personne ne sait, chacun tente de se raccrocher tant bien que mal à ce maigre espoir pour chaque jour affronter la furie de cet adversaire implacable.

On a souvent parlé de cet ouvrage comme d’un livre univers, celui-ci étant en plus accompagné sur le web de très bons dessins, ainsi que d’un cd audio de musiques d’ambiance. Oui l’ambiance est là, oui ce monde nous est décrit petit à petit, avec tous ses éléments qui le fondent à travers les rencontres et les divers passés des membres de la horde avec une minutie rarement égalée, mais à mon sens, le véritable fond de l’ouvrage n’est pas là, on est loin de Dune, et c’est avant toute chose les protagonistes qui sont au centre de cet ouvrage. 

Les personnages parlons en justement et le premier d’entre eux : le vent. Il est là à chaque instant, à travers ses relations avec chacun des 23 membres de la horde mais aussi sur ses ravages sur l’environnement. Il est au centre des discussions, le sujet inépuisable des contes et légendes de cet univers, sujet unique de toutes les recherches, de toutes les interrogations, il y est considéré comme un dieu, le plus souvent destructeur que rien ne peut arreter.
Il y a ensuite chacun des 23 membres de la horde, chacun possèdant son histoire, ses envies, ses doutes, sa manière de voir le monde. Aucun n’est oublié et chacun possède une richesse qu’il est rare de trouver dans les romans de SF/fantasy. C’est sans doute là où Damasio touche juste et réussi à nous plonger au sein de la horde. Chacun est profondément humain, même les plus étranges (citons Golgoth le leader de la horde qui tient plus de l’animal que de l’être humain, mais auquel malgré sa brutalité on finit par s’attacher). Ces personnages sont d’une richesse incroyable, et la forme de l’ouvrage leur rend honneur. Venons en justement à la forme, car rarement aussi celle-ci n’a été aussi travaillée et à mon sens au service profond du fond.



La forme :

Pour le moins déroutante au début, il est évident que le travail de Damasio perdra facilement pas mal de lecteurs. En effet, ce livre est écrit à travers les pensées de chacun des 23 personnages de la horde, comme si chacun parlait au lecteur directement. Ce procédé permet vraiment de nous immerger au milieu de cette horde, nous en sommes le 24 eme membre, on se lie d’amitié avec les uns ou les autres, on vit pleinement les choses, et c’est particulièrement rare. Néanmoins, contrairement à certains ouvrages utilisant ce procédé (je pense au Trône de fer), le changement de point de vue est incessant et au final pendant une bonne part de l’ouvrage il est très difficile de se repérer. Lorsque l’on change de personnage, le symbole qui lui est associé est annoté juste devant mais pas son nom. Par chance l’édition de poche propose (je ne sais pas si c’est encore le cas aujourd’hui) un marque page référençant le symbole, le nom et le rôle de chacun des personnages dans la horde. Mais cela ne facilite pas la lecture et au début l’immersion. Puis progressivement cela devient bien plus naturel, car chacun à une manière de parler bien à lui qui nous permet directement de savoir à qui l’on a affaire. Difficile de confondre la poésie d’un Caracole (personnage gigantesque) et la brutalité dans les mots d’un Golgoth, mais c’est plus difficile pour les personnages moins typés que ceux-ci. Cela rend l’ouvrage difficile de premier abord, mais terriblement jouissif une fois les habitudes prises et on se surprend une fois l’ouvrage terminé, à le relire pour reprendre proprement ce que nous avions manqué.
La deuxième chose qui marque est le vocabulaire en lui-même utilisé. D’une richesse rarement égalée, on sent le travail pour le plus grand plaisir du lecteur averti. Néanmoins, cela à aussi un revers, il est d’une telle richesse qu’un dico est souvent nécessaire à la bonne compréhension des choses. Non content d’utiliser un vocabulaire français important, Damasio crée aussi un nombre incalculable de termes propres à son univers, généralement en rapport avec le vent. On se laisse souvent bercer par cette poésie étrange qui renforce encore à mon sens l’immersion. Certains trouveront cela particulièrement pédant et contre productif, cela ne m’a personnellement pas franchement dérangé dans ma lecture. Il ne faut pas espérer tout comprendre, mais se laisser enivrer par ces sonorités très travaillées qui rendent parfaitement à mon sens aussi l’univers et nous y immerge un peu plus s’il en était besoin.
Au niveau de la forme, il faut aussi parler typologie, car les symboles sont nombreux. Il y a tout d’abord les symboles des divers membres de la horde. Ils ne facilitent pas à mon sens la lecture, néanmoins le rappel des noms de chacun à chaque fois que l’on change d’interlocuteur aurait été particulièrement contraignant et sans doute malvenu. Ils permettent aussi à Damasio de nous présenter les diverses formations de contre. J’avoue que pour ma part je m’y suis assez peu intéressé.

L’autre utilisation importante des symboles de typologie est pour l’écriture du vent. Sov le scribe de la horde retranscrit sur papier les divers souffles du vent pour en cerner les formes. Cela donne de longues retranscriptions de divers symboles qui nous sont en partie expliquées. Mais on rentre là dans du trop complexe, et au final assez vain pour le fond du roman si ce n’est que cela donne encore un peu plus consistance à l’univers. Et c’est là le premier bémol que je mettrai à l’ouvrage.

Le second est sans nul doute la fin de l’ouvrage, en tout cas sa dernière partie. Le ton change, Damasio joue trop sur la fibre dramatique et frôle à mon sens le ridicule, surtout après une telle qualité sur les ¾ de l’ouvrage. Dommage, car l’on était proche à mon sens du chef d’œuvre.


En conclusion, La horde du contrevent est un voyage, sans doute un des plus beaux voyages qui nous est conté dans un territoire nouveau. L’on marche, l’on souffre, au milieu de la horde, et ce voyage laisse durablement des marques. Roman iconoclaste, impossible à classer dans la moindre case, il reste pour moi une des grandes claques de lecteur, même si l’on peut trouver certains partis pris de l’auteur un peu vains. 
Un ouvrage qui risque de rester longtemps dans la bibliothèque idéale de la littérature de l’imaginaire.

vendredi 15 mai 2009

INDEX : Editions

Gallimard :
La Horde du Contrevent (2007, Folio SF)

Volte (la) :
La Horde du Contrevent (2004)

INDEX : Oeuvres

INDEX - Auteurs

Damasio : La Horde du Contrevent

Edito

La littérature de l’imaginaire est un domaine vaste regroupant de nombreux courants et qui, depuis le succès commercial d’un certain apprenti magicien et la trilogie cinématographique du seigneur des anneaux, remplit les étals des libraires. Ce domaine jusqu’alors très restreint dans son édition à vue l’arrivée massive d’éditeurs peu scrupuleux attirés par l’odeur de l’argent pour essayer de grappiller une grosse part de ce gâteau pas forcément suffisant.

Je vous présenterai dans ces pages des ouvrages qui en valent la peine, sortant de cette logique commerciale et des plumes qui méritent d’être connues. Je tenterai de vous faire le point chaque mois sur les diverses sorties et des ouvrages très fréquentables. Nous parlerons éditions, fantasy, SF, et sans doute un brin BD.

J’espère que vous trouverez ici inspiration et motivation pour remplir vos bibliothèques.